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Leonard
L. Baer
2nd Lieutenant - Navigator - 88th Troop Carrier Squadron - 438th
Troop Carrier Group
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J'étais le navigateur à bord de l'avion n° 42-92894, piloté par le second lieutenant Samuel S. Cromie, avec comme co-pilote le second lieutenant Floyd Bennett, comme chef d'équipage le sergent-chef John Holton et comme opérateur radio le sergent Joseph M. Kozik.
Nous sommes arrivés à la zone de posé "W" sans difficulté et avons largué notre planeur. J'ai aperçu un C-47 en feu près du centre de la zone. Au moment de virer, nous étions à environ 150 mètres d'altitude et sommes ensuite descendus voler en rase-mottes à environ 23 à 30 mètres.
Au moment où nous arrivions en rase-mottes, j'ai vu le co-pilote incliner la tête et se baisser, et j'ai entendu un bruit provenant du moteur droit. Le pilote a crié : « Mettez le moteur droit en drapeau ! ». Le copilote et moi avons immédiatement levé les mains pour mettre le moteur en drapeau. À ce moment-là, je me tenais derrière le pilote. Le pilote a augmenté le régime de l'autre moteur, qui a aussitôt toussé et crachoté. Le pilote nous a crié de nous préparer à un crash. Je me suis retourné vers le chef d'équipage derrière moi et l'ai poussé, ainsi que l'opérateur radio, dans la cabine principale. J'ai couru avec eux et me suis appuyé contre la cloison derrière la table du navigateur. Avant même de toucher le sol, nous avons heurté un arbre et le choc a amorti l'impact.
Avant l'impact, j'ai aperçu des étincelles provenant du moteur droit. Nous avons rebondi sur les arbres, subi trois secousses, puis glissé sur le sol. Dès que l'avion s'est immobilisé, j'ai regardé derrière moi et j'ai vu la lumière du jour à l'intérieur. L'empennage était complètement arraché. J'ai rampé hors de l'avion. L'aile droite était arrachée. L'aile gauche était arrachée près du moteur. La queue était cassée et le nez enfoncé du côté du co-pilote.
Je me suis relevé et j'ai vu le pilote sortir de la cabine. Il a immédiatement annoncé que le second lieutenant Bennett était manquant. J'ai fait le tour de l'avion et j'ai vu le second lieutenant Bennett sur une civière avec quatre parachutistes.
J'ai entendu un chant et un parachutiste m'a ordonné de garder baissée ma foutue tête. Ils nous ont ensuite demandé si nous avions des armes à bord. L'un d'eux est sorti de l'avion avec une de nos mitraillettes Thompson et nous a remerciés. Environ vingt-cinq parachutistes encerclaient l'avion et tiraient sur des tireurs embusqués, cachés dans les arbres.
Notre avion s'est écrasé à environ trois kilomètres au nord de Reuville, sur une trajectoire directe à huit kilomètres de la plage. L'heure du crash était 21 h 31 min 42 s. Je l'ai déterminée grâce à ma montre, qui était arrêtée.
J'ai ordonné aux parachutistes de détruire l'avion. Je crois savoir que le pilote a donné les mêmes instructions. Il s'est rendu au poste de commandement du 502e régiment de parachutistes. Je l'ai suivi dès que j'ai su que l'avion était détruit.
En arrivant au poste de commandement, j'ai constaté que tout notre équipage était présent. Nous avons prodigué les premiers soins au co-pilote. Nous sommes restés au poste de commandement jusqu'à l'arrivée d'un camion qui a emmené le co-pilote à l'hôpital de campagne. Nous sommes tous allés à l'hôpital, situé à environ 800 mètres derrière Green Beach. À l'hôpital, on s'est occupé du co-pilote, puis nous avons pris des couvertures et nous nous sommes allongés par terre.
L'hôpital de campagne était bondé de blessés; beaucoup gisaient sur des brancards dans les champs. Un des médecins nous a dit qu'il y avait plus de mille blessés parmi les parachutistes. Il y avait environ quatre cents blessés à découvert.
Allongé près de l'hôpital, j'ai vu plusieurs groupes de C-47 arriver en remorquant des planeurs Horsa. Trois avions se sont écrasés.
D'après ce que j'ai pu observer, aucun avion n'a été touché avant le largage des planeurs. Une fois en rase-mottes, ils ont été pris pour cible par des tireurs embusqués dans les arbres. Un pilote de planeur près de moi a dit :, « Bon sang, pourquoi personne ne dit à ces gars-là de rester en altitude ? ». Il était environ 7 h.
Le matin, on nous a annoncé que nous évacuerions à marée haute, à 10 h. À 9 h 50, cinq F.W. 190 ont bombardé la plage avec une seule bombe et ont mitraillé la route y menant. Une escadrille de P-51, suivie d'une vingtaine ou d'une trentaine de Spitfires, est arrivée. Au loin, des P-38 sont arrivés et ont chassé les avions ennemis. La dernière fois que je les ai vus, l'un d'eux fumait. Après cela, on nous a fait rebrousser chemin et on nous a dit que nous devrions attendre la prochaine marée haute.
Après avoir appris que nous devions attendre la marée suivante pour être évacués, nous sommes retournés à l'hôpital. J'ai parlé avec un médecin, un commandant. Il m'a assuré que notre co-pilote serait bien soigné. J'ai rempli ma gourde d'eau, pris une ration D et l'ai glissée sous l'oreiller du co-pilote, à portée de main. Je suis allé à la plage pour voir si je pouvais être évacué avec l'opérateur radio...
Entre-temps, le pilote et le chef d'équipage ont disparu à 10 h et j'ai supposé qu'ils étaient montés à bord d'un bateau à marée haute. Je suis allé au poste de commandement de Green Beach et, dès qu'ils ont su que je voulais rentrer en Angleterre, ils m'ont donné des pellicules photo et m'ont dit de les envoyer au plus vite à l'APO n° 887 ETOUSA. Un officier de marine m'a dit que ces pellicules étaient d'une importance capitale.
Cet officier de marine a ordonné à un LCVP de venir nous chercher. Il s'est échoué après que je sois monté à bord. Ils nous ont alors procuré un Duck (véhicule amphibie). J'étais resté deux heures et demie dans l'eau jusqu'à la ceinture à essayer de monter dans les bateaux. Le Duck nous a emmenés jusqu'à un LCI. À bord, on nous a servi le dîner et on nous a conduits jusqu'à un LST. J'ai quitté la plage vers 16h30 le 7 juin 1944.
Le LST nous a emmenés à Southampton. Là, j'ai contacté un officier et je lui ai dit que j'avais des films importants. Ils m'ont emmené en urgence au bureau des transmissions.
Là, ils m'ont interrogé, m'ont remercié et ont pris les films, qu'ils ont jugés importants. J'ai ensuite été emmené au quartier général de la Neuvième Air Force. J'y ai trouvé un capitaine qui m'a ramené chez moi.
À bord du LST, j'ai rencontré le capitaine Adams, du 53rd wing, qui m'a dit qu'il était le co-pilote du capitaine Cawthon. Il a déclaré que lorsque le planeur a touché le sol, le côté près du capitaine Cawthon a été enfoncé et que le capitaine Cawthon a été légèrement blessé.
Au moment même où ils sortaient du planeur, un obus de mortier allemand a explosé. Le capitaine Adams a sauté dans un cratère d'obus. Un major, médecin, a été tué sur le coup. Le capitaine Adams a déclaré que lui et le capitaine Cawthon étaient les seuls à ne pas avoir été grièvement blessés. Le capitaine Cawthon a été fait prisonnier.
Je crois que moi-même et tout l'équipage devons notre vie et notre sécurité au grand courage, au sang-froid et à la présence d'esprit de notre pilote, le second lieutenant Cromie. Il a agi avec une détermination sans faille et une rapidité remarquable. Il nous a donné des ordres précis et clairs, ce qui nous a permis de prendre toutes les mesures nécessaires à notre sécurité et nous a grandement aidés à agir intelligemment et rapidement dans les quelques secondes qui nous restaient avant le crash.
Cette déclaration comporte quatre pages que j'ai lues et signées. Je certifie que les déclarations qui y figurent sont exactes, au meilleur de ma connaissance.
Leonard L. Baer
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