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James L. Larkin
Glider Pilot - 84th Troop Carrier Squadron, 437th Troop Carrier
Group.
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Escape Evasion C Report 27 Juin 1944
Alors que nous atteignions les côtes françaises tôt le jour J, notre avion remorqueur fut pris dans le banc de nuages et commença à voler de façon erratique. Lorsque le câble de remorquage rompit, nous effectuâmes un cercle afin d'atterrir. Notre première tentative fut prise sous le feu des mitrailleuses, nous obligeant à faire demi-tour et à atterrir en catastrophe dans un petit champ à environ 5 kilomètres à l'ouest de QUETTETOT (Manche), à 04 h 00, le 6 juin. Le lieutenant KOSTIAK et moi-même (le lieutenant LARKIN) en sortions indemnes, de même que les trois servants du canon de 57 mm, le caporal JASINSKI, le soldat de première classe GLENN et le soldat BARTON. Nous retirâmes le mécanisme de tir du canon de 57 mm, rassemblâmes notre équipement et tous les cinq, nous nous rendîmes à pied dans un bois à environ 1,5 kilomètre de là, où nous nous cachâmes dans d'épais buissons. Nous portions tous des vêtements imperméables kaki, des sous-vêtements longs, des leggings et des chaussures, et étions équipés de notre matériel de campagne complet, fusils compris. Nous restâmes cachés dans les bois toute la journée, cette nuit-là et le lendemain. Nous mangâmes des rations et des bonbons, mais l'eau nous manquait. Un des artilleurs rampa jusqu'à un endroit d'où il put voir les Français détruire le planeur. Ils étaient dix
La nuit suivante, je me suis approché de la porte d'une maison isolée tandis que les quatre autres la surveillaient depuis les buissons. Un Français a ouvert la porte et a demandé : « Des Américains ? ». À ma réponse affirmative, il fut ravi et s'est aussitôt proposé de nous aider. Il s'appelait AUGUSTE, un fermier d'environ 25 ans. Il nous a conduits de l'autre côté de la route chez XAVIER, un fermier trapu d'environ 28 ans, au visage rond et aux cheveux bruns. Il nous a indiqué notre position sur la carte, nous a donné à manger et nous avons dormi dans les bois. Le lendemain, nous sommes revenus chercher à manger et avons dormi dans la grange. L'après-midi suivant (9 juin), nous avons été rejoints par les Flight Officers SILAS, CARSON (437 groupe transport) et un aide français, VALENTINE, 1,88 m, cheveux blonds bouclés, visage roux, traits fins, dont la maison se trouve près de RAUVILLE.
Cette nuit-là, VALENTINE nous conduisit tous les six vers MORVILLE. Au matin, nous étions près de L'ÉTANG-BERTRAND. Un camion allemand camouflé nous surprit, mais ses occupants ne nous virent pas. Nous nous cachâmes dans une grange, que nous quittâmes pour un verger lorsque les Allemands s'approchèrent pour se ravitailler. Cette nuit-là, nous rencontrâmes PAUL M------, petit, mince, 24 ans, cheveux blonds bouclés, qui travaillait pour les services de renseignements français et connaissait le colonel JACK. PAUL nous emmena à MORVILLE et nous nous cachâmes au nord-ouest de la ville. Cette nuit-là, nous fûmes rejoints par le lieutenant LAIRD (437 groupe transport) et le soldat de première classe BEN STEWART (82e division aéroportée). PAUL nous conduisit tous les huit à travers MORVILLE jusqu'à YVETOT, aidés par deux autres Français et de nombreux autres hommes cachés dans les buissons. Le lieutenant CARSON disparut en chemin et les Français ne parvinrent pas à le retrouver malgré de longues recherches. Nous nous cachâmes dans un fossé où se trouvait un important stock de matériel, principalement allemand. Cinq hommes de la 101e Division aéroportée, sous les ordres d'un sergent-chef, auraient dûs être amenés pour nous rejoindre, mais les Allemands ont empêché notre rencontre.
Nous avons changé de fossé pendant la nuit et des obus alliés sont tombés à proximité. Les Français nous ont demandé de porter des vêtements civils pour des raisons de sécurité, mais comme le caporal JASINSKI avait donné l'ordre à ses hommes de ne pas obtempérer, la suggestion a été abandonnée. Le lendemain, nous avons rencontré le lieutenant HITZTALER, un pilote de C-47 abattu le jour J. Nous nous sommes cachés dans une grange où les Français avaient entreposé un petit arsenal de mines, de fusils et de munitions. Nous avons dîné de rations allemandes et de cognac, et fumé des cigares d'officiers allemands.
Nous sommes restés là jusqu'au 23 juin, date à laquelle une patrouille de la 79e Division, sous les ordres du lieutenant FOUCHE, est entrée dans le secteur. Ils ont été pris sous le feu de trois mitrailleuses allemandes à proximité, après quoi nous avons rejoint la patrouille américaine. Au cours de l'action, quinze réfugiés français, vieillards, femmes et enfants, qui se cachaient dans une grange voisine, ont été abattus par les Allemands.
Nous avons été conduits au poste de commandement du bataillon, puis en jeep jusqu'à Sainte-Mère-Église. Le 25 juin, nous avons rejoint notre groupe au Royaume-Uni.
James L. Larkin (27 Juin 1944)
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Jack Lawson, à bord du C-47 #42-100803 était le pilote remorqueur du planeur piloté par James L. Larkin. Le C-47 a été abattu peu après le franchissement de la côte Ouest du Cotentin. A ce jour les corps du Radio opérateur et du Crew chief sont toujours portés disparus. De retour de Dragoon, James Larkin a écrit au père de Jack Lawson pour lui apporter de premiers éléments de réponse.
Cher Mr. Lawson 29 Août 1944
Je reviens tout juste du sud de la France, ce qui explique mon délai de réponse.
Avant d'aller plus loin, sachez que cette lettre est susceptible d'être censurée. De plus, j'ignore précisément ce que je peux ou ne peux pas écrire concernant le débarquement. Je vous communiquerai donc toutes les informations dont je dispose, en espérant qu'aucune ne sera supprimée. (Je précise ici qu'aucune partie de cette lettre n'a été censurée.)
Je vais d'abord répondre précisément à vos questions. Notre vol depuis l'Angleterre s'est déroulé sans incident, à mi-chemin environ de la traversée de la Manche. J'étais en communication radio permanente avec Jack, car nous étions le dernier appareil de la formation et volions sans feux de position. Nous avons perdu la formation et nous nous sommes retrouvés à quatre, volant en échelon (quatre C-47 et quatre planeurs, dont l'appareil de Jack faisait partie). Peu après, notre formation s'est dispersée et nous n'étions plus que deux ensemble. Cependant, nous maintenions notre cap et tout allait bien. Nous avons atteint la côte normande à un point situé directement à l'ouest de Bricquebec, en direction de Sainte-Mère-Eglise (tracez une ligne droite de Bricquebec à Sainte-Mère-Eglise et vous aurez notre direction : Sud-est). Avant de franchir la côte, nous avons essuyé un feu nourri de DCA, mais rien d'assez proche pour nous atteindre. Après avoir franchi la côte, nous avons reçu des balles traçantes tirées depuis le sol, mais comme piloter nos avions était déjà suffisamment difficile, nous ignorions leur nombre exact. Je dirais que nous avons été pris sous le feu de trois ou quatre mitrailleuses et que nous avons volé au-dessus d'un banc de nuages pendant un certain temps. À environ trois ou cinq kilomètres à l'ouest de Bricquebec, Jack a commencé à descendre à travers les nuages et notre système d'intercommunication a cessé de fonctionner à ce moment-là. À l'intérieur du banc de nuages, Jack a entamé une série de virages, de montées et de piqués violents à une altitude d'environ 300 mètres. J'ai eu énormément de mal à le suivre pendant ces manœuvres qui ont duré une ou deux minutes. À ma connaissance, ses deux moteurs fonctionnaient correctement et il n'y avait pas d'incendie. Je l'ai aperçu dans le banc de nuages. Soudain, il a effectué un virage en piqué extrêmement violent vers la gauche et, avant que je ne puisse le suivre, la remorque a cassé (toujours dans le banc de nuages). J'ai atterri à travers les nuages avec mon planeur, bien sûr, et lorsque nous les avons traversés à environ 150 mètres d'altitude, il n'y avait aucune trace du C-47 de Jack ni d'aucun autre, et nous avons immédiatement essuyé des tirs ennemis. Par la grâce de Dieu, nous avons atterri sains et saufs et avons échappé à la capture pendant 15 jours. Nous avons réussi à atteindre les lignes américaines et c'est alors que nous avons appris la disparition de Jack.
Je sais que vous voulez la vérité, quoi qu'il arrive. Je connais Jack depuis longtemps; il m'a remorqué lors de plusieurs missions d'entraînement et je l'avais demandé comme pilote remorqueur le jour J. Je sais que quelque chose n'allait pas, sinon il n'aurait pas piloté comme il l'a fait (virages brusques, etc.). Mais je n'en sais pas plus. Je pense qu'il y a de fortes chances qu'il soit encore en vie, car un C-47 est un avion sûr et relativement facile à poser en cas d'accident. Un autre élément encourageant (pour vous) est que le copilote de Jack a été retrouvé mort. Le fait qu'aucun des autres n'ait été retrouvé pourrait indiquer qu'ils ont été capturés ou qu'ils sont en fuite. J'ignore les circonstances du décès du copilote (qui était aussi un bon ami), mais apparemment sa tombe a été localisée.
James L. Larkin (29 Août 1944)
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